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Viande de cheval : Stopper les importations en provenance des « Champs de l’Horreur »…

Viande de cheval : Stopper les importations en provenance des « Champs de l’Horreur »…

par | 20 avril 2021 | Communiqués

Tribune d’Annika Bruna, députée européenne

9,4 % seulement des français mangent encore du cheval. En 2019, ce sont environ 7.600 tonnes qui étaient ainsi consommée en France, soit une consommation divisée par 11 depuis les années 1980.

Avec une telle diminution, on pourrait imaginer que la viande de cheval vendue en France soit française, notre pays possédant le second cheptel équin d’Europe.

Pourtant, ce n’est pas le cas : près de 80 % de la viande chevaline vendue en France est importée. Dès lors, pourquoi importer la viande de cheval, alors que nous sommes nous-mêmes producteurs ?

Paradoxalement, la réponse se trouve dans l’excellence de la filière équine française. Notre savoir-faire et la qualité de nos élevages étant reconnus dans le monde entier, nous exportons une grande partie de notre viande de cheval, voire des chevaux vivants, dans des pays comme l’Italie, l’Espagne mais aussi le Japon.

Ainsi, en 2019, sur 5900 chevaux de boucherie exportés vivants par la France, 959 étaient vendus au Japon. La France est ainsi devenue le second exportateur de chevaux vivants vers ce pays, avec 21 % du marché, après le Canada.

Nous en sommes ainsi venus à une situation aberrante : nous transportons chaque année des milliers de chevaux au Japon, à 10 000 km, soit à 12 heures d’avion au moins, pour qu’ils y soient engraissés puis abattus, tandis que nous importons nous-mêmes de la viande de cheval d’Amérique du Nord et du Sud, voire d’Australie. La majeure partie de nos importations provient en effet de quatre pays : Argentine, Uruguay, Canada et Australie.

Mais les conditions d’élevage et d’abattage dans ces quatre pays sont catastrophiques, à tel point que certaines exploitations ont été qualifiées de « champs de l’horreur ». Les ONG qui ont enquêté sur ce commerce ont pu constater l’existence de multiples maltraitances.

En Argentine, elles ont observé des chevaux affamés, victimes parfois de blessures aux jambes non soignées. Pire encore, des montagnes de cadavres de chevaux en décomposition ont été retrouvées qui surplombaient les champs : c’est de là que vient cette terrible expression de « Champs de l’horreur ».

Mais les mauvais traitements ne sont pas constatés seulement en Amérique du Sud, puisqu’au Canada, les ONG ont démontré que des chevaux mourraient parfois gelés.

Quant à Australie, des lanceurs d’alerte ont filmé des chevaux arrivant déjà morts à l’abattoir de Meramist, le seul qui exporterait de la viande de cheval vers l’Union européenne, traînés par une corde hors d’un camion. Dans ce même abattoir, les lanceurs d’alerte ont aussi filmé les violences infligées aux chevaux : coups de bâton, chocs électriques sur les parties génitales, étourdissements ratés qui conduisaient à la mise à mort d’animaux toujours conscients.

Enfin, pour ne rien arranger, les viandes chevalines importées contiennent parfois des résidus médicamenteux interdits en Europe. Comme souvent, les maltraitances subies par les animaux exposent aussi le consommateur à des risques sanitaires.

C’est pourquoi je déposerai prochainement une question écrite à la Commission européenne, afin de lui proposer deux actions :

1 – D’une part, je lui demanderai à nouveau de permettre aux Etats membres de rendre obligatoire l’origine précise des denrées alimentaires.

En effet, les consommateurs doivent pouvoir exercer leur choix en toute connaissance de cause. Pour le moment, l’Union européenne se refuse à permettre cette transparence, privilégiant comme chacun sait le libre-échange au bien-être animal ou à la sécurité sanitaire.

Cela doit changer car il n’y a pas de libre-échange ou de libre-concurrence quand l’une des parties, en l’occurrence le consommateur, est tenue dans l’ignorance de la provenance de ce qu’il achète.

2 – D’autre part, je demanderai à la Commission européenne de rayer les quatre pays cités dans cette tribune de la liste des États autorisés à exporter la viande chevaline vers l’Union Européenne.

Cette décision est possible puisqu’elle a déjà été prise vis-à-vis d’autres pays, en l’occurrence le Brésil et le Mexique.

Cette question écrite sera proposée à l’ensemble des députés du Parlement européen, le sujet transcendant toutes les opinions politiques.