Lettre Diplomatie & Défense n°9 juin. Éditorial :   Pourquoi il faut savoir dire non

par | 21 juin 2021 | Newsletter

Projets de l’OTAN, futur avion de combat franco-allemand, repentances sur le Rwanda et campagnes contre les exportations de Défense: jamais il n’aura été aussi utile, nécessaire et urgent de s’opposer à ce mainstream du politiquement correct appliqué à la Défense.

Tout d’abord et par ordre d’importance, les projets de l’OTAN, qu’ils soient publics comme ses extensions aux Balkans, à l’Ukraine et au Caucase, ou plus confidentiels, comme ce projet de directive américaine qui se propose de mettre les armées des pays membres sous tutelle des armées américaines en cas d’invasion russe des pays baltes ou de l’Ukraine, sont inacceptables. Face à une bureaucratie devenue folle dans ses dépenses comme ses projets, face à une organisation d’assujettissement des armées nationales, il est temps pour la France de (re)dire NON en se retirant du commandement intégré de l’OTAN, pour les mêmes raisons qu’annoncées par le général De Gaulle lors de sa conférence de presse du 21 février 1966 : l’indépendance nationale qui refuse toute tutelle sur nos armées, la politique des mains libres qui récuse tout manichéisme américain ou tout alignement diplomatique, la dissuasion qui ne tolère aucun partage de décision Tout cela milite pour un retrait ordonné, négocié mais un retrait complet du commandement intégré de l’OTAN dès notre arrivée au pouvoir.

Ensuite à la coopération franco-allemande. Ne partageant ni la même diplomatie ni la même doctrine de défense, divergeant même fondamentalement et irrémédiablement sur ces deux domaines-là, la France et l’Allemagne ne pourront jamais s’entendre dans les conditions dans lesquelles le politiquement correct français et allemand a placé les deux pays: l’entente à tout prix ne peut que provoquer la mésentente. 

L’Allemagne, puissance d’Europe centrale, pacifiste, mercantile, n’est pas le partenaire d’une France, puissance mondiale nucléaire et militaire. Face à une telle divergence, la coopération franco-allemande telle qu’elle existe aujourd’hui doit être arrêtée. Elle est fondée sur les bienfaits supposés   de la coopération et non sur la raison ou une vision partagée de l’avenir. Il est nécessaire de prendre le temps d’en rebâtir une, plus conforme aux orientations profondes des deux pays. Réaliser un avion de combat – la pointe de diamant avec les SNLE de notre dissuasion et de nos opérations – avec un pays qui n’a ni dissuasion nationale ni porte-avions, est une folie qui devra être interrompue dès notre arrivée au pouvoir.

La repentance sur le Rwanda et plus largement sur nos actions militaires : comme l’a rappelé Bernard Lugan (Afrique Réelle n°138, page 1) : « le président Macron a délibérément fait l’impasse sur l’état des connaissances scientifiques, pour cautionner d’une manière plus qu’insolite l’histoire officielle écrite par le régime du général Kagamé. L’Histoire lui en demandera des comptes. ». L’hommage de M. Philippe à Ho-Chi-Minh le 2 novembre 2018, le salut de gerbes au monument des martyrs du FLN de M. Darmanin en Algérie, le 10 novembre 2020 et désormais la visite et les déclarations de M. Macron au Rwanda sont autant d’offenses à l’honneur de nos armées et une réécriture totalement fausse de l’Histoire. Il sera mis un terme à ces négations de notre honneur militaire et à ces révisions historiques dès notre arrivée au pouvoir.

Enfin, contrairement aux allégations diffusées par les campagnes d’ONG, de quelques élus et médias contre les exportations d’armement, l’industrie d’armement et sa tutelle étatique ne sont pas ces bourreaux corrompus, sanguinaires et amoraux qu’ils dépeignent, relayés à l’étranger par des concurrents malveillants. Le commerce des armes est depuis 1939 précisément et justement réglementé en France. Il est en outre, comme je l’ai rappelé dans l’édition n°4 de cette lettre, nécessaire : nécessaire à la paix pour la défense de nations agressées par leurs voisins quotidiennement (cas de la Grèce et de l’Inde) ou menacées par des voisins hostiles (l’Égypte face à la menace du barrage éthiopien et au chaos libyen) ; nécessaire à notre diplomatie (l’influence française demeure parce que des contrats longs d’armement la font durer : Émirats Arabes Unis, Maroc, Sénégal, Argentine, etc) ; nécessaire enfin à notre indépendance militaire et technologique soit par les retombées financières soit par les économies générées sur le budget national de défense que les exportations génèrent ou permettent. Face à la vague qui menace désormais l’idée même d’exportation d’armement en France (les ONG n’osent s’attaquer à la Russie, à la Chine, à la Turquie et à la Corée du Sud…), il sera temps de replacer l’industrie de défense et l’exportation d’armement au cœur de notre diplomatie de défense, dès notre arrivée au pouvoir.

Comme l’Antigone d’Anouilh, « je suis ici pour dire NON ».

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