Les alertes

par | 14 octobre 2021 | Newsletter

N°1 – Russie-Etats-Unis : rivalités hypersoniques

La rivalité américano-russe prend désormais l’allure d’une rivalité hypersonique :

En Russie, c’est le missile Tsirkon qui retient l’attention : conçu par NPO-machinostroeniya à Reutov dans la région de Moscou, le missile 3K-22 est crédité de vitesses maximales allant jusqu’à Mach 9 et d’une portée supérieure à 450km. Le Tsirkon a d’abord été testé à quatre reprises sur des bâtiments de surface en 2020, puis tout récemment sur sous-marin (le SNA K-560 Severodvinsk).

Face à ce qu’ils considèrent être une menace à leur supériorité navale, les Etats-Unis développent le C-HGB (Common Hypersonic Glide Body), crédité d’une vitesse supérieure à Mach-5, destiné à armer les SNA de la classe Ohio en 2025. Cet armement permettra la frappe conventionnelle sous faible préavis.

La Marine russe est ainsi la première à être armée de missiles anti-navires hypersoniques. C’est la raison pour laquelle l’U.S.Navy vient d’annoncer la mise sur pied d’un groupe naval baptisé « Task Group Greyhound » composé de deux puis l’an prochain de cinq destroyers équipés spécialement pour la lutte anti-sous-marine. L’objectif est de traquer les sous-marins russes à l’approche des eaux américaines. 

N°2 – Ukraine : un réarmement à l’ombre de la Turquie et du Royaume-Uni

 Une partie du réarmement ukrainien actuel se réalise dans le cadre d’un partenariat étroit avec la Turquie :

  • Dans le domaine aéronautique, un premier contrat de fourniture de 2 systèmes de drones armés de type Bayraktar TB2 a été conclu en 2019 pour 80 millions $ en 2019 ; il s’assortit d’une clause de production locale ;
  • Dans le domaine naval, les deux pays ont conclu en 2020 un contrat de fourniture de 4 corvettes de design turc (la Milgem-A) d’un montant dépassant le milliard $ ;
  • Signalons enfin que ce sont des turbines ukrainiennes qui équiperont les hélicoptères de combat turcs destinés à l’exportation, les turbines américaines étant désormais sous embargo en raison de l’acquisition du système sol-air russe S-400 par Ankara.

Quant au Royaume-Uni, à la fois dans une politique de containment de la Russie et de retour sur les marchés internationaux (voir article sur le Global Britain), c’est dans le domaine naval que la coopération se matérialise pour le moment avec un projet de fourniture de 8 patrouilleurs lance-missiles (pour un montant estimé à 1,2 milliard £) qui se négocie actuellement.

 

N°3 – République tchèque, Grèce et Estonie : trois contrats israéliens

L’industrie d’armement israélienne, très active sur tous les marchés européens, a récemment conclu trois contrats significatifs en Europe :

  • En République tchèque, où déjà Israël avait vendu des radars de défense aérienne, le missilier israélien Rafael a conclu un important contrat de défense aérienne de courte portée (538,7 millions € 4 batteries sol-air) destiné à remplacer ses anciens systèmes hérités du Pacte de Varsovie et à couvrir des points sensibles ;
  • En Grèce, après avoir remporté un contrat destiné au centre de formation des pilotes (1,4 milliard $), l’industrie israélienne de défense a signé des contrats de modernisation et d’armement des Apache de l’ALAT hellénique et de missiles anti-chars destinés à défendre les îles de la mer Egée ;
  • En Estonie, enfin, Israel Aircraft Industries (IAI) a signé un contrat de batterie côtière pour couvrir les approches maritimes du pays.

Discrète mais très dynamique, l’industrie israélienne d’armement avait précédemment conclu des contrats en Hongrie (armement des blindés Lynx allemands) et mène campagne en Serbie pour des missiles anti-chars.

 

N°4 – Hongrie : un réarmement terrestre sous monopole allemand

Dans le cadre du plan de modernisation de ses armées 2006-2026, la Hongrie a privilégié le partenariat avec l’Allemagne et notamment avec l’entreprise Rheinmetall :

  • En 2018, Budapest signait pour 580 millions € un contrat pour 44 chars Leopard 2A7 de dernière génération, de 24 obusiers de 155mm PzH 200 et de 13 camions lourds ;
  • En 2020, elle poursuivait avec un contrat de fourniture de 218 véhicules blindés chenillés Lynx dont 172 à produire en Hongrie pour 2 milliards € ;
  • La même année, elle signait pour une dizaine de radars israéliens vendus à travers la filiale canadienne de Rheinmetall ;
  • Cette année, la Hongrie a signé un contrat avec Rheinmetall pour créer une usine de munitions.

 

N°5 – Afghanistan : des leçons américaines…valables pour la France au Mali

Au cours des auditions devant le Congrès du Secrétaire d’Etat à la défense, le général Austin et du chef d’Etat-Major, le général Milley, plusieurs leçons de la guerre d’Afghanistan ont été tirées que l’on pourrait ainsi résumer :

  • Première leçon : n’américanisez jamais une guerre. Lors de son audition de six heures, le général Milley a expliqué que le soutien aux forces armées locales était plus efficace qu’une guerre menée de manière indépendante dans un pays étranger.
  • Deuxième leçon : soyez présents. Pour le général Milley, disposer de conseillers dans une armée étrangère en conflit, c’est connaître les paramètres nécessaires pour évaluer une armée : le commandement, le moral, les problèmes quotidiens. Le retrait des conseillers américains, il y a trois ans, a été une erreur.
  • Troisième leçon : rendre indépendantes les armées locales. Pour le chef d’État-Major, l’armée afghane a été rendue trop dépendante des moyens américains et n’a jamais pu être indépendante ; le retrait des sociétés privées (contractors) a été également une erreur qui a précipité l’effondrement d’une armée paralysée.
  • Quatrième et dernière leçon : ne jamais fixer de dates mais des conditions. L’erreur des Administrations Trump et Biden a été de fixer des dates : de négociation, de retrait, de fin des opérations, etc. Le général Milley estime que la pression des dates a fait oublier que les conditions sur le terrain n’étaient pas remplies pour respecter celles-là.

Lors de son audition, le général Austin a cependant eu le mot de la fin : « nous avons créé un État mais ne pouvions forger une Nation ». Ces leçons valent aussi pour la France au Mali…

 

 

 

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