Les alertes

par | 21 juin 2021 | Newsletter

N°1 – Allemagne : les idées de M. Laschet sur la Défense

Armin Laschet, candidat en panne et en peine dans les sondages, lâché par la CSU de M. Söder, a émis plusieurs idées sur la Défense que voici :

La création d’un Conseil National de Sécurité au sein de la Chancellerie, conseil permanent qui aura pour objectif d’orienter la diplomatie allemande ; la question, si sensible des exportations d’armement, actuellement traité par le BSR, comité non permanent et essentiellement axé sur ce sujet, sera transférée à ce nouveau « Nationaler Sicherheitsrat ». Cette proposition est en réalité la reprise de l’idée émise par AKK ; ce conseil prendra à la fin de la première année puis de la troisième année de la législature des orientations qui seront ensuite débattues par le Bundestag ;

Cette mise en cohérence de la diplomatie allemande est également valable à l’échelle de l’Union européenne ; si le noyau franco-allemand est central (« kerneuropäisches Motor »), il le veut ouvert à d’autres partenaires ; il a également appelé au renforcement des capacités militaires européennes et de la nécessité de disposer d’une structure adéquate qui puisse les utiliser (« eine Struktur zu haben, in der diese Fähigkeiten eingesetzt werden können » ») : cette idée n’a pas été suffisamment développée pour que l’on puisse en apprécier sa portée et son propos… ; 

L’engagement des 2% du PIB consacré à la Défense, pomme de discorde entre SPD (Olaf Scholz) Verts (Annalena Baerbock) et CDU/CSU, fait pourtant partie intégrante de la fiabilité de l’Allemagne et du son futur chancelier, selon Laschet.

N°2 – l’Italie fournira au Qatar deux petits sous-marins

Le rapport 2020 sur les exportations italiennes d’armement a confirmé certaines exportations sensibles :

Celle de deux frégates FREMM (contre la France) pour la somme de 990 millions €, en dépit des affaires Regeni (assassiné en 2016 au Caire) et de l’emprisonnement de Zarki, autre étudiant italien ;

Celle, plus surprenante, de deux petits sous-marins pour le Qatar (190 millions €) ; si certains pays du Golfe comme les EAU ont déjà acquis des véhicules sous-marins pour leurs forces spéciales, en revanche, aucune Marine de la région (à part l’Egypte, Israël et l’Iran) n’a franchi le pas de créer, pas à pas, une flotte sous-marine régionale. L’Arabie avait noué des collaborations avec le Pakistan et la Malaisie, deux sous-marinades compétentes, mais aucune acquisition n’a semblé avoir suivi. Même si les submersibles vendus au Qatar sont de petite taille (30m ?), il s’agit d’une évolution déterminante qui devrait inciter d’autres marines arabes à se doter progressivement de compétences dans ce domaine très sophistiqué.

N°3 – Suisse : vents contraires pour les avions d’armes ?

Avec le slogan « Pentagone à bord », la coalition formée du Groupe pour Suisse sans Armée (GSsA), le PS et les Verts a lancé une campagne visant le F-35 et le Super-Hornet :

La coalition a déposé une initiative contre chacun des avions américains auprès de la Chancellerie helvétique pour les interdire ;

Les arguments de ces deux initiatives reprennent les arguments déjà entendus lors de la campagne référendaire de septembre :

Des avions chers ;

Des avions défectueux (mort d’homme pour le F-35 et défaut d’alimentation en oxygène pour le Super-Hornet) ;

La souveraineté des données suisses ne serait pas garantie.

Si un avion américain devait être sélectionné, alors l’initiative correspondante (F-35 ou Super-Hornet) serait officiellement lancée ; le GSsA recueille déjà des signatures…

Analyse : la coalition formée sur ce sujet n’est pas nouvelle : elle s’était retrouvée de manière moins formelle lors de la campagne contre le Gripen puis contre le budget de 6 milliards alloué au futurs avions. Dirigée contre les avions américains, elle l’est tout autant contre l’avion qui sera sélectionné (le Rafale a été ainsi cité également), avec deux arguments :

L’avion sera cher : la Suisse devrait allouer ce budget à d’autres initiatives sociales ou environnementales ;

L’avion n’a pas le soutien de la population, la coalition rappelant que 49% des Suisses ont rejeté ce projet en septembre.

N°4 – Tchad :  de l’apparente stabilité à la déstabilisation du verrou de l’Afrique centrale ?

La lettre emprunte au n°138 d’Afrique réelle de Bernard Lugan cette analyse de la situation du Tchad : « Le Tchad étant actuellement le pivot de la lutte contre les jihadistes de Boko Haram et du Sahel, sa stabilité est donc une priorité pour la France. Or, les divisions qui provoquèrent un demi-siècle de conflits demeurant, leur résurgence est inscrite dans le futur du pays. A quelle échéance ? Là est la vraie question.

L’apparente stabilité du Tchad était étroitement liée à la personnalité du président Déby. Sa succession risque donc de provoquer le réveil des conflits ethno-régionaux qui ont secoué le pays depuis les années 1960. D’autant plus que le Soudan pourrait, en cas de crise de succession, réactiver ses réseaux et envenimer à son profit une situation potentiellement conflictuelle.

Au point de vue politique, deux grandes questions vont se poser dans un avenir plus ou moins proche

Quels sous-clans zaghawa brigueront-ils la succession d’Idriss Déby ? Auront-ils la force de conserver le pouvoir à leur profit ? Ceux du Soudan seront-ils instrumentalisés par Khartoum ? S’ils étaient chassés du pouvoir, les Zaghawa ne deviendraient-ils pas à leur tour des facteurs de troubles ?

Les Toubou qui revendiqueront le pouvoir le feront-ils rassemblés ou bien se diviseront-ils comme par le passé entre ceux du Tibesti et ceux de l’Ennedi ? Quelles alliances extra-ethniques chercheront-ils ?

Le point 2 aura en toile de fond la question des rivalités Toubou-Arabes en Libye car les Toubou qui vivent au Tchad et en Libye ont comme principaux adversaires la tribu arabe des Beni Slimane également présente dans les deux pays. Or, le contentieux historique entre les deux populations ayant été rallumé à la faveur de la dislocation de l’État libyen, le risque serait à la fois un débordement des affrontements au Tchad et une contagion transfrontalière.

(…)

L’avenir du Tchad, verrou de l’Afrique centrale, dépend donc de la manière dont vont s’exprimer les puissants déterminismes ethno-claniques dans un contexte régional conflictuel aggravé par les solidarités ethniques transfrontalières (Libye, Soudan, Nigeria, Niger et RCA) et par les manœuvres de la Turquie depuis le nord, et celles de la Russie depuis la RCA… ».

N°5 – États-Unis : quelle politique pour l’exportation d’armement ?

Point important du « recalibrage » (selon le mot en vigueur) général souhaité par l’Administration Biden, la définition d’une politique d’exportation d’armement devient pressante mais se fait attendre. S’il est clair que celle-ci sera en rupture avec l’ère Trump marquée tant par un irrespect des procédures du Congrès que par un soutien à la base industrielle américaine envers et contre tout, elle reste largement à étalonner. Cinq facteurs devraient cependant entrer en ligne de compte :

La vente d’armes sera traitée comme un instrument de politique étrangère et non plus un élément de soutien à l’économie américaine ; plus qu’une affirmation somme toute évidente, il s’agit d’une délimitation entre le DoD (qui a étendu sa politique étrangère par le biais des ventes d’armes et de ses contrats associés : défense, logistique, maintenance, formation, manœuvres) et le DoS qui devrait retrouver son rôle central de décision en ce domaine ; ainsi, cette affirmation pourrait-elle présager un rééquilibrage entre les deux Départements ;

Le critère central sera la stabilité des gouvernements alliés moins par les armes que par la gouvernance, c’est-à-dire le respect des valeurs américaines et l’utilisation finale des systèmes d’armes ; ainsi s’affirme de nouveau un droit de regard américain sur la politique de défense, plus intrusive que les rodomontades de Trump et le mercantilisme de son gendre ;

La politique étrangère devant se concentrer d’abord sur l’Indo-pacifique et moins sur le Golfe, la politique d’exportation américaine doit refléter cette réorientation (un retour à la doctrine Obama en réalité) ; ainsi se renforce le partenariat nécessaire avec les alliés régionaux : Australie, Japon, Corée du Sud, Philippines, Thaïlande, Singapour, mais aussi Inde et Indonésie, ces deux derniers ne devant plus faire l’objet d’une menace de sanctions (régime dit « CAATSA ») en cas d’acquisitions de systèmes d’armes russes, le Vietnam demeurant un cas très à part. S’agissant de l’Europe, la tendance de cette nouvelle politique devrait se voir dans un regain de relations transatlantiques, c’est-à-dire un réinvestissement majeur au sein de l’OTAN et dans les relations avec les alliés (coopération industrielle et technique) ;

La politique d’exportation devra aussi se doubler d’une nouvelle légitimité : alors que le Congrès a été régulièrement mis au pied du mur par Trump, l’objectif de la nouvelle Administration est de prendre le temps d’une discussion commune, si possible bipartisane, sur les ventes d’armes problématiques (Golfe, essentiellement) ; le débat n’est pas que sur Capitol Hill : il devrait être introduit à la Maison Blanche même où trop souvent les décisions sur les dossiers de ventes d’armes sont validées par le spécialiste régionale au sein du NSC, sans vue globale ;

Enfin, elle devrait se redéployer sur le champ du désarmement afin de limiter la prolifération des technologies-clés et retrouver par des investissements massifs en R&D un leadership perdu depuis la fin des grands accords avec la Russie.

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