Les alertes

par | 8 février 2021 | Newsletter

N°1 – Etats-Unis et ventes d’armes dans le Golfe, le temps de la réflexion

Si un temps de réflexion a toujours été marqué par toute nouvelle Administration sur les dossiers importants héritées des précédentes, l’Administration Biden devrait prendre plus de temps.

Certains contrats conclus, soit par le gouvernement directement (Foreign Military Sales) soit par les sociétés (direct commercial sales), sont tout sauf neutres :

Ainsi en va-t-il des contrats de munitions guidées aux EAU et en Arabie, qui, approuvés, changeraient d’emblée le discours de Biden sur les belligérants au Yémen et la guerre elle-même ;

Ainsi en va-t-il également des projets de contrats aux EAU dont la nature même change le profil du partenariat :

Les EAU l’ont bien compris, qui demandent à avoir avec la nouvelle Administration des discussions approfondies sur le Golfe et le Proche-Orient ;

Non sans habileté et copiant le discours allemand actuel, les EAU estiment que le F-35 permettra aux EAU d’être davantage contributeurs que receveurs, et donc de libérer des moyens américains utiles ailleurs. Ce discours se retrouve sur le site de l’ambassade des EAU à Washington : « Specifically, the F-35 package is much more than selling military hardware to a partner. Like the US, it allows the UAE to maintain a strong deterrent to aggression. In parallel with new dialogue and security cooperation, it helps to reassure regional partners. It also enables the UAE to take on more of the regional burden for collective security, freeing US assets for other global challenges, a long-time bipartisan US priority”.

N°2 – Allemagne : vers un durcissement de la politique d’exportation

La prolongation des mesures décidées depuis 2018 s’est doublée d’un durcissement du régime spécifiquement allemand des licences déjà accordées : celles-ci – qui n’étaient que gelées dans leur effet (production, exportation, services) – sont désormais en cours de révocation, à l’exception des programmes en coopération avec d’autres partenaires européens.

Le retrait des licences déjà délivrées pourrait coûter cher au gouvernement fédéral, car l’industrie de l’armement ne manquera pas d’exiger une compensation pour la production déjà réalisée, les frais engagés et le manque à gagner, sans parler du manque de fiabilité du partenaire allemand aux actions désormais rétroactives. 

Commentaires :

Prise dans l’optique de l’année électorale à venir, cette mesure n’augure rien de bon dans la perspective de négociations avec un partenaire tiers (SPD ou plus certainement Verts).

L’éthique revient en effet en force dans le débat feutré allemand, comme le recul de la SPD sur la question de l’armement des drones l’a récemment démontré.

Si l’Egypte a pu fournir une certaine compensation à l’industrie allemande, en cas de coalition, il y a fort à parier que Le Caire sera, lui aussi mis, pour d’autres raisons mais du même ordre, à l’index.

N°3 – Soudan, nouveau point d’appui technique de la Russie dans une région stratégique

Vladimir Poutine a signé le 17 novembre un décret entérinant le projet de création d’un « point d’appui matériel et technique » naval russe à Port-Soudan. Selon l’analyse de l’Observatoire de la CCI franco-russe de Moscou, ce projet s’inscrit dans la continuité de l’accord de coopération militaire russo-soudanais de mai 2019. Le document préliminaire prévoit que la marine russe pourra déployer jusqu’à 4 bâtiments (y compris à propulsion nucléaire) et 300 personnels pour une durée de 25 ans, renouvelables 10 ans, sur 3 sites portuaires dont elle aura la jouissance à titre gratuit (art.2.2).

De 3 à 4 mois seraient nécessaires pour prendre possession des lieux et établir les infrastructures minimales perme2ant de faire fonctionner la base, dès lors que l’accord entrera en vigueur. L’article 8 autorise la Russie à faire transiter du matériel par les ports et aéroports du pays, sans aucune contrainte ni taxe. En réalité, il existe bien une contrepartie payée par la Russie pour l’obtention de cette base : Moscou prendra à sa charge le développement des infrastructures navales de Port-Soudan ainsi que leur protection anti-aérienne et anti-surface (art.17.3).

Elle assurera par ailleurs l’équipement des forces armées du pays ainsi que leur mise à niveau. L’article 17.3 prévoit aussi du partage d’informations entre Russes et Soudanais sur la situation navale et aérienne en mer Rouge.

Ensuite, selon des sources liées à l’oligarque Mikhaïl Khodorkovski, la société militaire privée Wagner liée à l’homme d’affaires Evgueni Prigojine aurait servi d’intermédiaire entre Khartoum et le Ministère de la Défense russe pour faciliter la conclusion de l’accord sur la base navale.

N°4 – Egypte : se préparer à la guerre sur plusieurs fronts 

Le nombre croissant d’exercices de très grande ampleur auxquels se livre l’Egypte avec ses alliés depuis des mois démontre le souci constant de se préparer à une guerre sur plusieurs fronts.

Bilan non exhaustif des manœuvres :

En juillet 2019, la Marine égyptienne participait à un exercice avec les Marines saoudienne, émiratie et américaine ;

En septembre 2019, la manœuvre navale « Red Wave » se déroulait avec l’Arabie ;

En janvier 2020, elle s’entraînait de nouveau avec la Marine saoudienne (Morgan-16)

En novembre 2020, l’armée de Terre égyptienne menait un exercice sol-air conjoint appelé «Saif Al-Arab» avec ses homologues des Émirats arabes unis, d’Arabie saoudite, de Bahreïn, de Jordanie et du Soudan.

Le même mois, se déroulait l’exercice aérien conjoint « Nile Eagles-1 » avec le Soudan ;

En novembre également, l’Égypte et la Russie ont mené l’exercice « Pont de l’amitié-3 » en mer Noire ;

Une importante manœuvre navale a eu lieu également récemment avec le Royaume-Uni (exercice «T-1» en Méditerranée), en même temps qu’un entraînement naval conjoint dans le nord de la Méditerranée avec la France ;

Fin-novembre-début décembre, l’exercice « Méduse » réunit Grèce, Chypre, Egypte, France et EAU ;

L’ensemble de ces manœuvres, prolongée par une diplomatie active (accord avec la Grèce, Chypre et Israël sur le projet de gazoduc EastMed ; accord sur les délimitations de frontières maritimes avec la Grèce ; visite en France, etc), sert trois objectifs :

Diversifier sa diplomatie de défense afin de démontrer l’indépendance de l’Egypte : ni alignée ni isolée ;

Se préparer à des guerres plus ou moins limitées et intenses sur plusieurs fronts (dont l’Ethiopie où les désaccords sur le partage des eaux du Nil n’ont pas été réglés) ;

Protéger ses gisements et routes de communication (base navale de Bérénice sur les bords de la Mer Rouge).

N° 5 – Afrique : le Golfe de Guinée, nid de pirates

Le MICA Center (Maritime Information Cooperation & Awareness Center), hébergé au sein de la préfecture maritime de l’Atlantique et composé d’une trentaine de personnels de la Marine nationale et de marines de pays partenaires, et veille 7j/7 et 24h/24 sur le trafic maritime mondial, a diffusé ses chiffres sur la piraterie.

Le golfe de Guinée, avec 114 événements (111 en 2019), demeure la zone la plus dangereuse du monde et les actes de piraterie s’y étendent désormais du large du Ghana jusqu’au large de la Guinée équatoriale.

La plupart des actes de brigandage et de vol ont lieu sur des navires au mouillage et sont commis par des brigands locaux saisissant toute opportunité. Les actes s’étendent des côtes de Guinée Conakry jusqu’à celles de l’Angola. Les actes de piraterie, qui étaient concentrés sur le fond du golfe jusqu’en 2019, s’étendent désormais du Ghana à la Guinée équatoriale, avec certains raids confirmés sur plus de 400 nautiques et des abordages à plus de 100 nautiques des côtes.

Au total, 142 marins ont été kidnappés dans cette zone en 2020 (146 en 2019) avec une durée moyenne de détention de 30 jours.

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