Diplomatie. Le dossier : les hommes du Président (Biden)

par | 8 février 2021 | Newsletter

Peu à peu, après leur validation au Sénat, les hommes du Président Biden arrivent en fonction. Qui sont les nouveaux responsables américains dans la défense et les affaires étrangères ?

Jack Sullivan, désormais conseiller à la sécurité nationale, est l’ancien conseiller aux affaires étrangères du Vice-Président Biden, en 2013, puis ancien conseiller politique d’Hilary Clinton pour la Présidentielle de 2016 ; il a contribué à façonner la politique étrangère naïve d’Obama lors des printemps arabes en Libye et en Syrie. Il est également l’homme de la diplomatie souterraine avec l’Iran via Mascate, plaque tournante des négociations ayant abouti à l’accord 5+1. Hostile au retrait américain du 5+1 et à la campagne de maximal pressure contre Téhéran, il plaide pour un nouvel accord mieux encadré. Il n’est pas non plus totalement étranger aux propos très durs de son patron sur l’Arabie lors de la campagne présidentielle;

Anthony Blinken est confirmé comme Secrétaire d’Etat ; il avait été n°2 du Département d’Etat sous Obama, a servi comme directeur de cabinet de Biden alors Président de la Commission des Affaires étrangères du sénat puis conseiller à la sécurité nationale de Biden, alors Vice-Président d’Obama, et a été lobbyiste ensuite en créant la société WestExec Advisors.

Blinken est un allié d’Israël : adversaire déclaré de la campagne dite BDS (boycott, désinvestissement et sanctions) lancé par les Palestiniens, il estime que l’aide militaire américaine ne peut être soumise à une quelconque condition…mais sur le reste, ses positions sont plus souples : en faveur des printemps arabes, c’est-à-dire de la mise en place de régime à dominante Frère musulmans, il est également partisan d’un nouvel accord nucléaire avec l’Iran pour le rendre durable et plus sûr. Il a conseillé également de ré-examiner les projets de ventes d’armes aux pays du Golfe, notamment ceux qui sont impliqués dans la guerre au Yémen (EAU et Arabie).

On notera avec intérêt que plusieurs de ses collaborateurs sont des routiers des affaires internationales :

Wendy Sherman, n°2 du Département, ancien négociateur en chef de l’accord 5+1 avec l’Iran… ;

Salman Ahmed, directeur politique du Département, ancien chef de la planification stratégique au Conseil de sécurité sous Obama ;

Victoria Nuland, sous-secrétaire d’Etat aux affaires politiques, ancienne adjointe au secrétaire d’Etat-adjoint aux questions européennes et euroasiatiques ;

Suzy George, directrice de cabinet, ancienne collaboratrice de Madeleine Albright sous Clinton.

Le général Llyod Austin au poste de Secrétaire d’Etat à la Défense. Confirmé par le sénat en dépit de son appartenance au conseil d’administration de l’électronicien de défense Raytheon et malgré le fait qu’il n’a fait ses adieux aux armes que depuis quatre ans (alors que sept ans sont nécessaires sur le plan légal), le général Austin a supervisé les campagnes américaines en Irak (retrait des troupes) et en Syrie (contre l’Etat islamique avant de procéder au retrait des troupes).

Son adjointe directe, secrétaire d’Etat adjointe à la Défense, Kathleen Hicks, ancienne sous-secrétaire d’Etat pour les questions politiques sous Obama, est la première fois à ce poste.

Le sous-secrétaire d’Etat aux questions politiques, Colin Kahl, a été au Conseil de sécurité du Vice-Président Biden entre 2014 et 2017, et est un spécialiste du Proche-Orient.

Le Directeur du Renseignement national (DNI), Avril Haines, ancien n°2 de la C.I.A et conseiller adjoint à la sécurité nationale sous Obama, est la première femme ; atypique (elle a pris un an pour se former au judo au Japon et possède un café dans la capitale), avocate, elle a été très impliquée dans la politique générale de l’Agence contre le terrorisme : politique des prisons clandestines, de torture et des attaques de drones ciblées. Proche de Blinken, elle a été employée dans sa société WestExec Advisors.

Bill Burns, directeur de la C.I.A, ancien vétéran du Département d’Etat (33 ans de service), a été l’un des diplomates les plus impliqués dans la signature de l’accord nucléaire avec l’Iran après avoir été ambassadeur en Jordanie, envoyé spécial sur la Russie, etc. Il a négocié l’accord 5+1 avec l’actuel conseiller à la sécurité nationale, Jack Sullivan depuis Oman. Il s’est depuis constamment opposé à la politique de sanctions de Trump et au retrait de l’accord nucléaire. Il a aussi plaidé pour un rééquilibrage des relations entre les Etats-Unis d’une part et les pays du Golfe, estimant que ceux-ci avaient trop souvent eu l’impression qu’ils auraient toujours un chèque en blanc de Washington pour leurs initiatives régionales.

Signalons également la nomination de Brett McGurk, un vétéran du Conseil de Sécurité Nationale, au poste de coordinateur de la politique américaine au Proche-Orient : ancien envoyé spécial contre l’Etat islamique, très défiant envers la Turquie pour son rôle ambigu face à l’Etat islamique, McGurk est en faveur de la politique de normalisation entre les pays arabes et Israël tout en étant en faveur d’une politique de levée graduelle des sanctions envers l’Iran et de la négociation d’un nouvel accord nucléaire. Il est enfin un ardent partisan de la coopération américano-saoudienne.

Quelle politique ces hommes du Président pousseront-ils M. Biden à adopter ?

On voit clairement se dessiner convergences, infléxions et ruptures avec la précédente Administration :

Convergences sur la Chine qui inquiète et qui est clairement désignée comme ennemie politique, commerciale et militaire ; convergences sur la nécessité d’investir dans la zone indo-Pacifique, nouveau mantra des géopoliticiens américains (Obama en avait fait un axe majeur de sa diplomatie) ;

Inflexions certaines : sur Israël, si certains acquis demeureront (dont l’ambassade américaine à Jérusalem), il n’est pas sûr que Tel-Aviv soit suivie en tout ; sur l’Allemagne, si mal-traitée sous Trump, et qui devrait remonter dans l’estime américaine et conserver ses soldats américains sur son sol… ;

Ruptures probables sur l’Iran où l’équipe actuelle cherche un moyen de renégocier un accord nucléaire satisfaisant, certaines sur les équilibres stratégiques avec la Russie (la prolongation pour cinq ans du Traité New Start de réduction des têtes nucléaires et des missiles stratégiques l’indique clairement)

Commentaires : on recommande à nos lecteurs la lecture du rapport de la Foundation for Defence of democracies intitule : ”From Trump to Biden The Way Forward for U.S. National Security” de John Hannah et David Adesnik (Janvier 2021) qui détaille, région par région et thème par thème les inflexions que l’Administration Biden est susceptible d’apporter.

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