Diplomatie. Le dossier : le grand retour de l’Italie en Libye

par | 15 avril 2021 | Newsletter

L’Italie signe son grand retour en Libye, facilité par le fait que le nouveau Premier Ministre, M. Abdelhamid Dbeibah, entrepreneur dans le BTP et proche de Saïf el Islam avant la révolution de 2011, avait suivi de près le plan Berlusconi de 2008 d’investissements massifs italiens en Libye.

C’est avec ce plan en tête que le nouveau Premier Ministre italien, M. Draghi, s’est envolé le 6 avril dernier. Les priorités italiennes sont claires :

1.D’abord, l’énergie. Ce n’est pas un hasard si le PDG de l’ENI, M. Claudio Descalzi, est venu le 21 mars dernier à tripoli préparer le voyage du Premier Ministre Draghi en Libye. Avant la guerre, la production de l’ENI en Libye avoisinait les 280 000 barils par jour (12,5% de la production globale du groupe) lorsque la production libyenne était à 1,7 million de barils/jour. Avec l’Egypte (pour le gaz), la Libye fait partie des marchés-clés pour l’entreprise, véritable état dans l’Etat en Italie ; la restauration de l’électricité est la priorité du régime pour calmer des populations en butte à des pannes récurrentes d’électricité. L’Italie a également proposé un vaste plan d’investissement dans les énergies tant fossiles que renouvelables aux ministres compétents (ministre de l’économie, M. Muhammad al Hawaji, ancien ministre de Kadhafi et ministre du pétrole et du gaz, Ahmed Mohamed Aoun, ancien président de Mellitah Oil and Gas Company, société commune entre l’ENI et la NOC libyenne)

 

2. La sécurité des frontières ensuite. Point essentiel pour l’Italie et pour l’Europe, le contrôle des frontières de la Libye, fait l’objet de deux politiques :

 

  • D’une part, la formation et le réarmement des garde-côtes, notamment par la Guarda di Finanza qui a fourni une assistance technique majeure avec l’aide des chantiers italiens (Intermarine et Cantierie Navale Vittoria et le chantier de Catane en Sicile) à la base des garde-côtes de Zuwarah. Livraison de patrouilleurs (6 dont 4 demeurent en service), maintenance des unités livrées, formation, n’ont pas cessé depuis.
  • De l’autre, la sécurité des frontières terrestres avec une phase 1 (Ouest du pays) déjà octroyé à une entreprise italienne (GEM) et une phase 2 (Est : avec radars et barrières et caméras) qui n’était pas encore attribuée au moment de la révolution de 2011. Par ailleurs, la question des « terminaisons opérationnelles » (hélicoptères, véhicules d’intervention, vedettes, patrouilleurs, drones, etc) n’était pas encore octroyée. Leonardo, la société d’électronique de défense italienne reprend actuellement les dossiers laissés par Selex, alors filiale électronique de Finmeccanica (devenue Leonardo). Notons que EADS DS (désormais Airbus DS) et Thales étaient intéressés par ce marché.

 

3. Les voies de communication, notamment la grande autoroute Egypte-Tunisie, soit 2000km de routes : un projet très politique et onéreux (5 milliards $ évoqués) ; les lots de construction seront prochainement mis aux enchères (Misrata-Tunisie notamment) ; les infrastructures aéroportuaires ne sont pas oubliées avec l’assistance technique de l’ENAV italienne (aviation civile) auprès du ministère des Transports et les rénovations des aéroports (dont celui de Mitiga, proche de Tripoli) par le consortium italien Aeneas.

4. La santé avec un accord signé pour la rénovation du système hospitalier des principales villes du pays.

 

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