Diplomatie. Le dossier : Allemagne, vers l’Ampel Koalition

par | 14 octobre 2021 | Newsletter

Sans surprise, les élections fédérales n’ont pas tranché nettement en faveur d’un parti dominant, mais en faveur d’une coalition, régime exceptionnel pendant longtemps en Allemagne, devenu désormais la norme. Sans réel vainqueur, cette élection laisse cependant la dynamique des résultats à la SPD, en particulier à Olaf Scholz, ministre des Finances et artisan du redressement de la SPD ces dernières semaines.

 

Partis politiques % Sièges
SPD 25,7% 206
CDU/CSU 24,1% (dont 5,1% pour la CSU) 196
Die Grünen 14,8% 118
F.D.P 11,5% 92
AfD 10,3% 83
Die Linke 4,9% 39
Autres 8,7% 1

 

Après une semaine de discussions exploratoires (Sondierungsgespräche) se dessinent nettement cinq tendances :

 

  • La première est que l’Allemagne se dirige vers une Ampel Koalition, composée de la SPD comme aimant central, des Verts comme alliés idéologiques et de la F.D.P comme rallié objectif. Cet attelage inédit depuis 1949 ne sera durable que si le contrat de coalition est équilibré entre le désir de réformes et de changement que les élections ont révélé et l’orthodoxie budgétaire qui reste la ligne directrice de la F.D.P et celle de M. Scholz ;
  • La deuxième est que les Verts se sont installés durablement dans le paysage politique allemand et sont devenus un parti de gouvernement : leurs thèmes favoris – transition énergétique accélérée, position anti-nucléaire tant sur le militaire que sur le civil, frein aux exportations d’armement, pour ne citer que ceux qui intéressent directement les alliés européens de l’Allemagne – au premier rang desquels figure la France de M. Macron – , seront désormais centraux : jusqu’où influenceront-ils le contrat de coalition sur ces points est une question majeure ;
  • La troisième est l’écroulement de la CDU : le temps de M. Laschet voire de l’emprise idéologique de Mme Merkel est passé. Le parti devra se reconstruire sur de nouvelles bases idéologiques et humaines : c’est ce qu’appelle de ses vœux M. Friedrich Merz qui attend son heure ;
  • La quatrième est l’éloignement momentané de l’Union de la CSU bavaroise. Elle a beaucoup souffert de la GroKo et doit, elle aussi, se ressourcer afin d’affronter les élections régionales puis se mettre en selle pour les prochaines élections législatives. M. Söder qui a très vite tiré les conclusions qu’une coalition autour de l’Union (coalition dite jamaïcaine) n’avait pas d’avenir tant la CDU était affaiblie et les Verts, éloigné du corpus idéologique de l’Union.
  • Enfin, la F.D.P est de retour après l’éclipse de 2017 ; parti libéral, elle n’a pas encore retrouvé son potentiel électoral ; son rôle de pivot de la politique allemande n’est plus son monopole : les Verts sont le point de bascule actuel. On comprend qu’elle s’engage avec circonspection dans une coalition où les divergences de fond avec ses alliés de demain sont grandes. Ses responsables – MM. Lindner, Wissing, etc – sont peu connus : auront-ils l’espace suffisant dans une coalition hétéroclite pour faire valoir leurs idées ?
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