Défense. Le dossier : « Un pacifisme à géométrie variable, les partis allemands et la participation de la Bundeswehr à des opérations extérieures », synthèse d’une note de l’IFRI

par | 25 mai 2021 | Newsletter

Les engagements extérieurs de la Bundeswehr pèsent d’un grand poids politique depuis 1994, date de la décision du Tribunal Constitutionnel de Karlsruhe les légitimant sous conditions. Sujet sensible pour la population, il ne l’est pas moins pour les partis politiques qui, tous, doivent prendre position sur cette question à la fois délicate et en même temps en partie structurante pour la future coalition (voir infra).

La Bundeswehr, une « armée parlementaire »

Depuis le jugement de Karlsruhe (juillet 1994), les OPEX sont autorisées, mais avec un triple verrou : le Bundestag doit voter pour, le mandat doit être des Nations-Unies mais aussi de l’OTAN et de l’UE. Les partis politiques disposent en outre d’un « droit de rappel » des forces en cas de changement des conditions de fait ou de droit de l’opération.

La Bundeswehr conduit actuellement une douzaine d’OPEX actuellement (incluant 3 000 militaires). Les votes au Bundestag pour autoriser ces opérations sont révélateurs des positions des partis allemands :

La CDU-CSU et la SPD ont toujours voté en faveur des OPEX,

Le FDP apporte presque toujours son soutien,

Les Verts adoptent une position ambivalente (44% de votes favorables et souvent choix de s’abstenir), critiquant les fondements des opérations,

L’AfD vote très régulièrement contre les OPEX,

Die Linke s’y oppose systématiquement.

Tous les partis politiques sont en revanche unanimes dans leur refus que l’armée allemande puisse de nouveau faire la guerre, c’est-à-dire à participer vraiment aux combats.

Commentaires :

Cette question des interventions étrangères des armées est l’objet de part et d’autre du Rhin d’une incompréhension complète : à Berlin, où le pacifisme prévaut pour des OPEX à la française (c’est-à-dire de réelles missions de combat), on se méfie de l’aventurisme français où l’intérêt commun n’est pas évident, la tutelle française peu appréciée, et la stratégie de sortie politique, floue. On se réfugie donc sous le parapluie des missions de l’OTAN et des Nations-Unies et l’on se contente d’appui logistique, de formation des militaires locaux et de soutien médical ; à Paris, on ne comprend pas que l’Allemagne n’ait pas compris que l’islamisme est le danger numéro un et non la Russie, et on déplore les réserves allemandes, même pour des missions de transport (avions et hélicoptères).

Cette incompréhension ne se résorbera pas : la France doit en tirer la conclusion que décidemment l’Allemagne ne sera jamais le bon partenaire de la France dans la défense. Ce n’est pas un hasard si c’est avec le Royaume-Uni que la France a monté le corps expéditionnaire interarmées et que l’Eurocorps en soit resté à un symbole politique dénué de tout intérêt militaire.

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