Défense. Le dossier : l’accord stratégique gréco-français

par | 14 octobre 2021 | Newsletter

Le Parlement grec a voté en faveur de l’accord stratégique conclu avec la France le 4 octobre dernier : c’est à la fois la conclusion d’une séquence diplomatique débuté l’an dernier et le départ d’un partenariat réellement stratégique.

  • Conclusion d’une longue séquence mouvementée, l’accord du 4 octobre l’est assurément. La France aura été le seul membre de l’Union européenne et de l’OTAN à soutenir sans faille et de bout en bout la Grèce agressée dans ses eaux territoriales et sa ZEE par la Turquie et après avoir été elle aussi victime de l’agression turque (incident entre la frégate française Courbet et une frégate turque le 10 juin 2020). Elle en sera récompensée par le contrat Rafale (18 avions dont 12 issus de l’armée de l’air française et 6 neufs pour 2,4 milliards £) conclu en janvier 2021 et dont l’exécution est rapide (livraison du premier en juillet dernier et le dernier en 2023) ; cette commande sera suivie d’une deuxième (+6 Rafale neufs) en septembre dernier, et très probablement d’autres à l’avenir car l’armée de l’air souhaite une quarantaine d’avions modernes pour s’assurer de la supériorité aérienne face à la Turquie ;

 

  • Départ d’un partenariat global, l’accord du 4 amène la France et la Grèce à se prêter mutuellement assistance : l’article 2 de l’accord stipule ainsi que « les Parties se prêteront mutuellement assistance et assistance, avec tous les moyens appropriés à leur disposition, et le cas échéant par l’emploi de la force armée, si elles établissent d’un commun accord qu’une attaque armée est en cours contre le territoire de l’un des les deux, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations Unies ». En parallèle a été signée une lettre d’intention pour la fourniture de frégates de défense et d’intervention (FDI) à la Grèce, d’un montant estimé à trois milliards € rendu possible par un rabais substantiel qui a fait changer d’avis le Premier Ministre grec.

 

Outre l’effort financier général réalisé côté français, le point-clé fut l’assurance d’une livraison rapide (mars et octobre 2025 pour les n°1 et n°2 grecques, soit les n°2 et 3 dans l’ordre de construction à Lorient et 2026 pour la 3ème. La fourniture d’une quatrième frégate est prévue à prix fixe pourvu que l’option soit exercée avant juin 2023.

Outre l’article 2, clé de voûte de l’ensemble des relations franco-grecques et seul de ce genre à avoir été signé par Athènes avec un pays européen ou de l’OTAN[1], certaines autres dispositions de l’accord stratégique sont à relever notamment :

L’accord prévoit à l’article 5 que les directions politiques des ministères compétents mèneront des dialogues stratégiques annuels, en plus des réunions des états-majors, des comités d’armement ou de tout autre comité technique jugé nécessaire ;

L’article 18 qui prévoit « des activités, des entraînements et des exercices militaires conjoints, que ce soit au sol ou à bord de navires ou d’aéronefs appartenant à l’État grec ou français, dans le cadre de la présence navale accrue de la France en Méditerranée ou participation à des exercices bilatéraux ou multilatéraux en Méditerranée orientale et en mer Égée ».

Un comité d’armement est mis en place pour matérialiser la relation armement mise en place avec le Rafale et le projet FDI. La durée de l’accord est en principe de cinq ans et sera renouvelée par accord explicite des deux pays pour une nouvelle période à déterminer d’un commun accord.

[1] L’accord entre la Grèce et les EAU comprendrait une clause de ce type.

Share This